Desedamas

On nous demande comment est née  Desedamas et comment nous en sommes arrivées à travailler ensemble.

Je suppose qu’avoir eu une enfance commune et des parents qui ont toujours encouragé notre créativité a beaucoup aidçe, mais ce sont les circonstances qui nous ont réunies dans cette aventure. Nous avons beaucoup partagé pendant l’enfance, puis la vie nous a séparées temporairement. Quand nous nous sommes revues, une fois adultes, nous avons commencé à peindre sur la soie en partie par plaisir et en partie comme thérapie … et nous avons découvert que c’était ce que nous voulions faire et, en outre, le faire ensemble.

Nous venions toutes deux domaines très différents. Cecília, dessinatrice industrielle de formation, a travaillé dans une entreprise privée en tant que directrice des achats. Mercè, Ingénieure Chimiste, au Département de l’Environnement de la Generalitat de Catalunya.

En l’an 2000, nous avons décidé de changer de vie et de vivre de notre passion. Au début, nous avons fait de l’artisanat avec de la soie, cherchant toujours à donner une valeur ajoutée aux pièces que nous fabriquions et pas simplement à les peindre. Nous vendions notre travail, rien que des pièces uniques, lors de foires artisanales à travers l’Espagne. En 2006, nous avons commencé à peindre de la soie pour le patchwork et, bien que sachant coudre, nous avons commencé à apprendre des techniques spécifiques. La soie a toujours été notre « matériau » aussi fut-il naturel pour nous de continuer à travailler avec, bien qu’il ne soit pas fréquemment utilisé dans l’art textile. Réunir ces deux savoir-faire, la peinture sur soie et l’art textile nous a ouvert un espace d’expérimentation immense. À tel point, que nous avons exploré et développé nos propres techniques pour travailler avec ce matériau, devenant par là même des formatrices.

« Actuellement, nous travaillons les synergies entre l’artisanat et l’art textile, car il est difficile délimiter les deux. »

Desedamas por Mireia Sala


S’il existe une chose meilleure que de grandir entourée de peintures, moi je ne la connais pas.

Desedamas ce sont Cecilia et Mercè, femmes, sœurs et respectivement mère et tante, de qui écrit ces lignes.

Il est difficile de parler d’elles et du monde qui les entoure sans parler de mon monde, car je suis comme cette mauvaise invitée qui n’en finit jamais de partir.

Je remonterai, si vous me le permettez, à ces jours inondés de lumière qui restent en ma mémoire, inamovibles, où elles peignaient toutes deux sous le porche de ce qui avait été notre maison et maintenant ne l’est plus.

La musique sonnait, calme, et un doux murmure de voix descendait jusque dans ma chambre. Comme appelée par la sérénité, je montais les escaliers en colimaçon qui conduisaient à l’endroit où elles étaient toutes les deux et je m’allongeais par terre, juste sous le cadre horizontal où elles tendaient la soie. L’odeur de bois et de poussière se mêlait à celle de la peinture spéciale pour soie, douce et fruitée. Elles, de part et d’autre du cadre, peignaient parfaitement synchronisées. La peinture traversait la soie et s’étendait à travers le tissu, tandis que la lumière pénétrait le tissu et faisait que les couleurs qu’il capturait variaient d’intensité. De temps en temps, tombait une goutte de peinture que la soie n’arrivait pas à absorber.

Le plancher de bois taché de mille couleurs. Ceci restera leur marque.

Ce sont peut-être ces moments qui m’ont amenée à être qui je suis. Ajouté à tous les voyages à travers l’Espagne, la France, le Portugal et l’Allemagne, où j’ai eu la chance de les accompagner grâce au fait qu’elles ont fait de leur passion leur profession.

Elles sont allées partout, de foire en foire. Là, elles ont compris l’idiosyncrasie des artisans, qui passent tant d’heures à l’atelier, dans la solitude de ceux qui travaillent de leurs propres mains, qui ressentent ensuite le besoin de se retrouver en communauté.

À moi, à quinze ans seulement, elles m’ont ouvert les yeux sur des mondes complètement nouveaux. Et à elles, elles leur ont changé la vie. Pardonnez-moi l’indiscrétion, mais là-bas elles ont ri, bu, elles ont probablement pleuré et, c’est sûr, elles sont tombées amoureuses.

Je conserve un souvenir particulier de ces étés de mon adolescence que j’ai passés à leurs côtés.

Maintenant j’ai grandi, et j’ose dire qu’elles, en tant qu’artisanes, aussi. Pendant ces chauds étés, bien que je fusse la seule adolescente, d’une certaine manière leur expérience d’artisanes était également en pleine puberté. Et maintenant que les années ont passé, leurs œuvres sont enfin adultes, mûres.

Grâce à la passion et l’expérience, elles sont arrivées à un degré de connaissance de la soie intime, privé. Elles ont compris tout ce qui entoure la délicatesse du matériau et l’apprentissage leur a permis d’en faire leur moyen d’expression.

Avec fierté et admiration, j’observe comment elles grandissent dans le monde de l’art textile, presque inexistant dans notre pays.

Et à nouveau, un changement, le dernier. Elles ont transformé leur profession en art.

Mireia Sala  (Igualada, 1989)
Graphiste et illustratrice.